Le Grand Tétras des Pyrénées victime du changement climatique ?

Imprimer

Une coopération entre la France, la principauté d’Andorre et les communautés autonomes espagnoles de Catalogne, d’Aragon et de Navarre a permis d’établir un premier diagnostic de la métapopulation pyrénéenne de Grand tétras, qui présente le double enjeu d’être l’une des plus importantes d’Europe du Sud et d’abriter une sous-espèce particulière.

La régression des effectifs

Les coqs chanteurs ont été comptés durant au moins six années sur un échantillon de 61 places de chant ; en outre, les effectifs de coqs ont été dénombrés dans sept forêts renfermant plusieurs places de chant, distribuées sur la chaîne des Pyrénées.

Ces comptages ont révélé une régression du nombre des coqs chanteurs, particulièrement depuis 1990, quelle que soit la localisation sur la chaîne. En effet, parmi les places échantillonnées, 44 % présentent des effectifs en diminution, 49 % sont stables et 7 % sont en augmentation. Pour les forêts où l’on a suivi simultanément plusieurs places, le nombre des coqs décline sur 43 % de celles-ci et reste stable sur les autres.

 

La diminution du succès de la reproduction

Le déclin observé sur presque la moitié des places de chant suivies, indépendamment de la situation biogéographique, du type de gestion de l’habitat et du statut cynégétique des sites suivis, suggère un problème important pour cette métapopulation. A l’échelle de la chaîne pyrénéenne, il n’y a pas eu de changement suffisant dans la qualité des habitats durant les vingt dernières années pour expliquer cette tendance. La pression humaine et la pression de prédation sont certainement plus fortes en maints points des Pyrénées qu’elles ne l’étaient il y a 20 ans, mais les données obtenues suggèrent qu’une érosion sensible du succès de la reproduction est la principale cause de ce déclin. Cette érosion est notée sur les deux versants des Pyrénées.

Un lien avec le changement climatique ?

Il importe d’intensifier les recherches visant à comprendre les raisons de la diminution du succès de la reproduction. L’étude des corrélations entre les variations de certaines variables climatiques et celles du succès reproducteur du Grand tétras est en cours ; en effet, les données de Météo France indiquent qu’un changement climatique est perceptible dans les Pyrénées durant les deux dernières décennies. Devant un phénomène analogue de diminution dramatique des indices de reproduction de cette espèce en Ecosse, les chercheurs de ce pays ont montré clairement le rôle de l’évolution du climat dans cette diminution, qui s’explique en partie par des changements des conditions d’alimentation des poules au printemps (Moss et al., 2001). Etant donné que les conditions de milieu diffèrent fortement du contexte pyrénéen, une étude fine du régime alimentaire printanier des femelles devra permettre de mieux comprendre ce facteur limitant.